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MAI 1420 - MAI 1940 - MAI 2006

10 mai 1940 : Des arcs gallois aux “panzer divisionen” et aux “stukas” 2

Comment oser comparer la force victorieuse des archers gallois à celle des blindés et des stukas allemands ? Sinon parce que, à cinq siècles de distance, les mêmes fautes ont été commises par la France : une semblable méconnaissance des armes de l’adversaire et de comparables erreurs stratégiques. Avec pour conséquences, des résultats identiques




LE ROYAUME DE FRANCE EN 1420



LA FRANCE EN 1940

 



STRATÉGIE D’UNE PROPHÉTIE


L’idée selon laquelle : « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens » est universellement admise [1]. Mais, bien avant Clausewitz, Jeanne d’Arc annonce le prolongement de la politique par d’autres moyens encore, ceux de la Prophétie.

Présence de Jeanne d’Arc

Philippe Contamine s’exprimant devant l’Académie des Sciences morales et politiques en décrit ainsi la personnalité [2] :

« Sa figure et son souvenir n’ont cessé d’intéresser, d’intriguer et de fasciner non seulement les historiens mais aussi les poètes et les dramaturges, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les cinéastes, les politiques ; en sorte que son image, – vénérée, admirée, critiquée, contestée, raillée – est demeurée présente jusqu’à nos jours, non seulement en France mais aussi dans une grande partie du Monde [3]

Pour faire comprendre la surprenante force morale de Jeanne d’Arc face à ses juges, Philippe Contamine fait appel à George Sand qui s’appuie sur sa connaissance du monde rural pour expliquer comment Jeanne a formé sa conscience par la méditation : « Le paysan n’a d’autre histoire que la tradition et la légende. Son cerveau n’est pas semblable à celui de l’habitant originaire des cités. Il a la faculté de transmettre à ses sens la perception des objets de sa croyance, de sa rêverie ou de sa méditation. C’est ainsi que Jeanne d’Arc entendait bien réellement les voix célestes qui lui parlaient...»

Mais l’historien, qui ne veut s’en remettre à l’écrivain, fait un triple aveu :

« Je ne crois pas que l’on puisse comprendre Jeanne d’Arc, dans son action et avec le rayonnement qui émanait d’elle si l’on oublie qu’elle était vue ou plutôt qu’elle se voyait elle-même comme une prophétesse (...).

« Je ne crois pas que l’on puisse comprendre Jeanne d’Arc si l’on oublie que le royaume de France était alors réputé le saint royaume de France (comme on parlait du Saint Empire) ; que ses rois - les rois très chrétiens- étaient perçus comme protégés par le Ciel, bénéficiant, de sa part, d’une bienveillance spéciale (...)

« Je ne crois pas que l’on puisse comprendre l’acceptation par Charles VII et ses conseillers, quel que soit leur réalisme politique du moment, de la mission dont Jeanne d’Arc se disait porteuse si l’on omet l’angoisse religieuse, eu égard à la « grande pitié du royaume », dans laquelle beaucoup vivaient. »

Retour sur l’Histoire

Dès 1054 et pendant trois siècles, ceux qui allaient former la France et ceux qui allaient former l’Angleterre, s’opposent en d’interminables conflits féodaux qui s’expliquent essentiellement par l’importance des possessions de l’État Plantagenêt en terre française. Puis, en 1337, Edouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe-le-Bel par sa mère, revendique la couronne de France. S’en-suivent des batailles rangées d’un pays contre l’autre, que, par commodité, on appelle la guerre de Cent Ans au cours de laquelle s’accumulent les défaites françaises.

Si bien qu’en mai 1420, la France est divisée en trois : une partie occupée par les Anglais, une partie dominée par leur allié le duc de Bourgogne, et la troisième, fidèle au Dauphin Charles. Telles sont les conséquences du traité de Troyes signé, cette année-là, entre Charles VI roi de France et Henry V roi d’Angleterre : les deux monarchies d’Angleterre et de France se trouvent réunies sous une seule couronne, l’anglaise.

Mais, en 1422, Henri V meurt en août, suivi de Charles VI en octobre. La France a deux rois ; Henri VI âgé de quelques mois – aussitôt proclamé roi de France et d’Angleterre – et le dauphin Charles qui, réfugié à Bourges depuis 1418, prend le nom de Charles VII ; quoi qu’il en soit, ni l’un ni l’autre ne sont sacrés roi de France.
En mai 1429, Jeanne d’Arc fait irruption dans l’Histoire et ne met que neuf jours pour libérer Orléans prête à capituler puis deux mois pour faire sacrer Charles VII à Reims. Elle rend ainsi caduc le traité de Troyes.

Jeanne d’Arc et ses “disciples”

Au XVe siècle, trois femmes, trois jeunes femmes, influencent le destin du royaume : Jeanne d’Arc, Anne et Jeanne de France, filles de Louis XI.

Au moment de sa rencontre avec Charles VII à Chinon, Jeanne d’Arc a 17 ans. En 1483, Anne de France en a 22 lorsqu’elle décide de réunir les États généraux ; en 1476, Jeanne n’en avait que 12, lors de son mariage décidé par Louis XI.

Une fille de la terre, ne sachant ni lire ni écrire, mais capable de monter à cheval et de conduire une armée ; femme de prière et de méditation se nommant, elle-même, Fille Dieu : Jeanne d’Arc.

Une fille de roi, rompue aux brutalités de la politique comme aux finesses de la diplomatie qu’elle sert avec une volonté de fer : Anne de France.

Une autre fille de roi, sa sœur, malingre et difforme qui demeure silencieusement fidèle à sa conscience face au parjure de son mari, une Antigone chrétienne : Jeanne de France.

Au théâtre de l’histoire il arrive que les femmes ne soient pas ombres légères.

La vie de Jeanne d’Arc est aussi exemplaire que déroutante : paraissant venue d’un autre monde, elle est dans l’Histoire car elle en infléchit le cours, mais hors de l’Histoire puisque l’intervention divine ne peut être prise en compte par l’historien.

Anne de France, dominant les “princes du sang” et autres grands féodaux, s’impose à la tête d’un royaume où la loi salique exclut du pouvoir les filles de roi. Elle poursuit la politique de Charles VII et Louis XI avec un courage et une vision stratégique exceptionnels.

Jeanne de France, refusant de transgresser les règles de conscience qu’elle s’est fixées et soumise par son père à la raison d’État s’inscrit, elle aussi, dans la prophétie johannique. A l’image de Jeanne d’Arc, dans l’humilité de sa vie quotidienne, elle fait preuve d’une admirable force morale.

Deux sont canonisées ; Jeanne d’Arc en 1920, Jeanne de France en 1950. Anne de France demeure présente grâce au triptyque du Maître de Moulins [4].

Une autre politique

Prêter – au XXIe siècle – attention à un prophète n’est-ce pas naïveté ? Anachronisme ? Et peut-on aller jusqu’à prétendre que Jeanne d’Arc se situe dans la tradition de la Bible hébraïque ?

Un prophète, au sens biblique, est le révélateur d’une parole qui lui vient d’ailleurs. Il l’utilise comme un appel déclenchant une action. Cette parole n’est pas celle d’un pouvoir mais celle d’une autorité qui persuade sans chercher à imposer. Le prophète témoigne de la présence de Dieu et, plus précisément, du projet qu’il estime être celui de Dieu lui-même.

Or Jeanne d’Arc est bien l’inspiratrice, pour le royaume français, d’une exceptionnelle continuité politique. La Lettre aux Anglais et la relation du procès en condamnation rapportent les trois promesses qu’elle a faites, guidées par les voix. Elle authentifie sa mission en délivrant Orléans, puis conduit Charles VII – reconnu comme véritable dauphin – se faire sacrer à Reims ; enfin, elle prophétise l’indépendance du royaume. Si un prophète annonce il ne réalise pas ; lorsque les temps arrivent, d’autres accomplissent et, pour reprendre le mot de Pascal, dévoilent « le spirituel sous le charnel ». Pour être menée à son terme, la trilogie johannique – signe, geste et prophétie – bénéficie, durant soixante-dix ans (1429-1498), d’une continuité inattendue en ce royaume : de Jeanne d’Arc à ces bâtisseurs que furent Charles VII (après le bûcher ...) et Louis XI puis à ses “disciples” que furent Anne et Jeanne de France.

Si l’épopée de Jeanne d’Arc n’a duré que deux ans, – un de combats, un de prison – elle prouve néanmoins que seule la force morale permet de lutter efficacement contre la tendance naturelle des choses à aller vers le pire et que la politique ne doit pas être inspirée par la violence [5].
 

 
[1].Karl von Clausewitz, général prussien et théoricien militaire (1780 – 1831).
[2]. Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. L’Institut de France comprend cinq Académies : Académie française - Académie des inscriptions et belles-lettres - Académie des sciences - Académie des beaux-arts - Académie des sciences morales et politiques.
[3]. Personnages et Caractères XVe-XXe siècles. Sous la direction d’Emmanuel Le Roy Ladurie, Puf, Paris, 2004 - p. 423.
[4]. À l’époque capitale du Bourbonnais. Depuis 1790, préfecture de l’Allier.
[5]. À l’attention des jeunes lecteurs, les notes en bas de page précisent les principales données historiques.
 
 
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